L’écoconstruction, une filière d’avenir ?

Face aux enjeux environnementaux, le secteur du Bâtiment et des Travaux Publics se réinvente pour réduire son impact écologique. De là, est née l’écoconstruction.

En France, le secteur du BTP est l’un des secteurs les plus polluants du pays. Il produit à lui seul 24% des émissions de gaz à effet de serre et consomme 45% de l’énergie du pays. Afin de réduire son impact énergétique, et de participer à la transition écologique, le secteur intègre de plus en plus des notions environnementales dans ses pratiques en se dirigeant vers l’écoconstruction.

Cette technique de construction consiste à bâtir, rénover ou réhabiliter un bâtiment en utilisant au maximum des ressources naturelles pour le rendre moins énergivore. Même si l’écoconstruction n’est pas un concept récent, elle s’est surtout développée à partir de 2015, avec la loi de la Transition Énergétique qui a l’ambition de réduire de 50% la consommation énergétique du secteur du bâtiment pour 2050.  L’éco-construction pourra-t-elle donc être la solution d’avenir du secteur pour atteindre ces objectifs ?

Les nouveaux métiers de l’écoconstruction

Suite aux mesures prises par le Grenelle de l’environnement de 2007, le secteur du BTP a dû évoluer et adapter ses emplois et ses formations pour intégrer des valeurs écologiques dans ses pratiques. Cela a donc permis de créer de nouveaux emplois principalement dédiés à l’écoconstruction.

On peut prendre pour exemple le métier d’ouvrier.ère professionnel.le en éco-construction qui a pour mission de construire, restaurer ou aménager un bâtiment en utilisant des techniques d’écoconstruction. Il.elle participe aux choix des matériaux en privilégiant des matériaux biosourcés (ex : bois, laine, argile…), et doit connaître les principes de base de la construction écologique. C’est donc un métier qui demande à la fois une aptitude au travail manuel et une sensibilité environnementale. Pour le salaire, un.e ouvrier.ère en éco-construction débutera avec, en moyenne, 20 000€ annuels bruts. Et, selon Pôle emploi, près de 1900 embauches pourraient être réalisées en 2020.

Si vous préférez travailler dans un bureau, il existe le métier d’Ingénieur.e thermique qui a pour mission de trouver des solutions afin de rendre un bâtiment le moins énergivore possible en respectant les contraintes environnementales. Concernant les compétences requises, l’ingénieur.e thermique doit faire preuve d’organisation, de rigueur et de curiosité car il est important de faire une veille constante des évolutions techniques et écologiques. Ce métier d’étude, avec peu de déplacements sur les chantiers, nécessite de préférence un diplôme d’ingénierie en génie thermique. En général, 80% des jeunes diplomé.e.s de la filière sont recruté.e.s directement après leurs études, et perçoivent, en début de carrière, entre 30 000 et 35 000€ bruts annuels selon leur formation et l’entreprise.

Et si vous êtes à la fois intéressé.e par les métiers du numérique et ceux du BTP, la carrière de BIM manager (Building Information Modeling) est parfaite pour vous !  Le rôle du BIM manager est de créer une maquette en 3D du projet de construction en veillant au respect des exigences techniques et environnementales. Il/Elle coordonne le travail de l’équipe du projet. C’est donc un métier qui demande des compétences managériales, d’analyse et de synthèse. Pour effectuer ce métier, une formation Bac +5 en Génie Civil ou un diplôme d’ingénieur est souvent demandé. Le salaire d’un.e BIM manager débutant.e se situe autour de 36 000€ bruts par an. Et, avec l’importance que prend le numérique dans le secteur du bâtiment, ce métier est de plus en plus sollicité. D’ailleurs, selon l’étude « Usine du futur, bâtiment du futur : 12 métiers en émergence » (2019) de l’APEC et du CESI, les offres d’emploi pour des postes de BIM manager ont quasiment doublé entre 2016 et 2018 sur toute la France !

Pixabay

Des matériaux de constructions écologiques

L’un des principaux aspects de l’écoconstruction est l’utilisation des matériaux biosourcés. Ces éco-matériaux, d’origines végétales ou animales, s’inscrivent dans une démarche de développement durable car leur fabrication a un faible impact environnemental et énergétique. Dans les plus connus, il y a le bois, l’argile, la laine, et on peut aussi utiliser du liège, de la terre crue, du bambou ou encore du béton cellulaire. Ces matériaux peuvent être utilisés comme isolants (laines de fibres végétales ou animales, textile recyclé, ouate de cellulose…), comme une alternative au béton (béton de chanvre, de bois ou de lin) ou comme des panneaux (particules ou fibres végétales, paille compressée). L’usage des matériaux biosourcés permet d’abandonner les « matériaux cuits » classiques (tels que le ciment, l’acier, la brique cuite, les polystyrènes) en les remplaçant par des «matériaux crus».

Les matériaux biosourcés sont cependant entre 10 et 15% plus chers que les matériaux traditionnels, mais présentent de meilleures qualités thermiques et énergétiques. En effet, en utilisant des matériaux adaptés au climat, la performance énergétique et thermique du bâtiment sera grandement améliorée. Par exemple, pour isoler un bâtiment situé dans une région pluvieuse, on aura plutôt tendance à utiliser de la laine de mouton qui est reconnue pour sa capacité à réguler l’humidité ambiante.

On estime aussi que l’utilisation de ces éco-matériaux permettrait de stocker entre 22 à 23 millions de tonnes de CO2 en 10 ans, soit 6 % des émissions de gaz à effet de serre. C’est d’ailleurs pour cette même raison que la prochaine Réglementation Environnementale des bâtiments neufs de 2020 (RE 2020) préconisera l’utilisation de matériaux biosourcés.

Maison de l’Architecture Centre – Val de Loire

Un habitat adapté au climat et aux usages

Pour construire un habitat durable, l’équipe de construction va privilégier une architecture bioclimatique. Le principe d’une conception bioclimatique est d’utiliser à son avantage les caractéristiques et particularités environnementales du lieu d’implantation du bâtiment afin de le rendre moins énergivore.

De nombreux paramètres sont à prendre en compte : l’orientation du bâtiment, la météo et le climat, le terrain ou encore l’exposition au soleil. Et, en plus d’être une solution énergétique et économique, l’architecture bioclimatique s’adapte surtout au mode de vie de l’habitant pour que son espace de vie lui offre un maximum de confort et de bien-être. Par exemple, le bâtiment sera principalement orienté vers le sud afin de favoriser l’éclairage naturel tout en régulant la température grâce au soleil. Les pièces principales de vie seront donc situées au sud, alors que les pièces peu utilisées (buanderie, garage, cellier…) seront placées au nord du bâtiment afin de servir comme « zones tampons » d’isolement.

Concernant la production d’énergie renouvelable, plusieurs options sont possibles selon le climat : panneaux photovoltaïques, chauffe-eau solaires, éoliennes, énergie hydraulique… L’eau de pluie peut aussi être recyclée grâce à des systèmes de récupération d’eau pluviale.

Le but est donc de créer un habitat qui soit en symbiose avec son environnement et d’utiliser au maximum la météo et le climat à son avantage.

Avec la prise de conscience mondiale du réchauffement climatique, l’habitat durable sera peut-être l’habitat du futur. Bientôt, grâce à l’architecture thermique, nos bâtiments produiront plus d’énergie qu’ils n’en consomment, une bonne nouvelle pour la planète !

 

Schéma simple d’une maison bioclimatique – source : faireconstruiresamaison.net